Libres d'Apprendre et d'Instruire Autrement   Extrait de Les Plumes de LAIA  n°1,  juin 2006


Colloque international
sur l’instruction en famille :
une première en France !



Un colloque international sur l’instruction à domicile a eu lieu les 22 et 23 avril à Reims. Ce colloque a été organisé par « Les Enfants D’Abord » (LEDA), et LAIA a été invitée à y participer.
Enfants, parents, chercheurs, étudiants, de toutes nationalités ont, pendant deux jours, échangé autour de l’instruction à domicile.


 

Jennifer Fandard, coordonnatrice de LEDA, a ouvert le colloque en faisant l’état des lieux de l’instruction à domicile en France et en évoquant notamment la difficulté de trouver une dénomination commune à une réalité spécifique à chacune des familles qui fait le choix de l’instruction à la maison.

Le choix des termes s’est arrêté à « l’instruction à domicile » pour intituler le colloque mais d’autres dénominations seront employées tout au long des interventions.

Jennifer Fandard a notamment souligné le nombre croissant des abus à l’égard des familles et la difficulté de se mettre d’accord sur le nombre de familles ayant fait ce choix.

Elisabeth Walter de LAIA lui a emboîté le pas et a défini ce qu’est la « forme scolaire », concept du professeur en anthropologie et sociologie, Guy Vincent. Elisabeth (Betba) est actuellement étudiante en sciences de l’Education à l’université de Lille (Master 2).
Les savoirs scolaires s’inscrivent dans une tradition scolaire qui s’articule autour « d’une unité de lieu, de temps et d’action ».
Une forme scolaire qui, si elle prévaut dès les débuts de l'enseignement obligatoire institué par Jules Ferry, existait déjà dans la communauté des frères des Ecoles chrétiennes fondée par le prêtre Jean-Baptiste de la Salle au XVIIe siècle. Il a notamment remplacé l'enseignement individuel très courant à cette époque par un enseignement collectif et organisé les apprentissages par groupes d'élèves ayant le même niveau.

Une forme scolaire qui se dessine donc et se fige notamment dans un mode de transmission des savoirs : le cours magistral.

Une forme scolaire qui perdure en dehors du système scolaire : ne sommes-nous pas à l’occasion de ce colloque en train de reproduire cette « forme scolaire » ? Un intervenant, installé sur une estrade, face à un auditoire qui, à l’occasion, lève le doigt pour poser une question, voire exprimer une opinion.
A la lecture d’autres hypothèses de travail, il apparaît que ce mode d’enseignement pourrait correspondre à un désir inconscient de l’enseignant d’être au centre des regards, le point de mire privilégié des élèves. Ce rapport de l’enseignant par rapport au groupe révèle bien une pratique traditionnelle qui véhicule le même schéma d’apprentissage depuis de très nombreuses années : celui qui sait est celui qui enseigne et que l’on écoute.

La question que se pose Elizabeth est de savoir si cette « forme scolaire » prévaut également au sein des familles ?

Il apparaît, d’après les familles qu’Elizabeth rencontre, que les apprentissages peuvent effectivement se dérouler dans un lieu déterminé (une pièce de l’habitation est prévue à cet effet), un temps également déterminé à l’avance.
Mais le choix du lieu des apprentissages peut tout simplement répondre à un aspect pratique, c’est à dire réunir au même endroit les outils nécessaires au déroulement de l’instruction, plutôt qu’à une transposition, consciente ou pas, de la forme scolaire au sein même du domicile familial.
Quant à l’unité d’action, elle est multiple et dépend des familles. Elle peut effectivement revêtir une forme scolaire (apprentissages formels) comme elle peut tout aussi bien s’en éloigner et par ailleurs y revenir.

Il semble que la famille soit tout de même un lieu propice aux apprentissages informels comme l’a constaté l’intervenant suivant, Alan Thomas, universitaire et auteur de « Educating Children at Home ».

L’apprentissage formel s’apparente à de l’enseignement programmé « qui s’articule autour d’une unité de lieu, de temps et d’action » (« forme scolaire ») tandis que l’apprentissage informel s’apparente plus à un apprentissage que l’on peut qualifier d’accidentel et qui n’est pas, bien sûr, programmé : sans unité de lieu, ni de temps, ni d’action.
Des études rapportent que l’on retient seulement 10% de ce que nous écoutons, 20% de ce que nous lisons, alors que nous retenons 80% de ce que nous faisons dans l’action et 90% de ce que nous expliquons par la reformulation !
Ces chiffres rejoignent ceux extraits de l’article du Professeur Roland Meighan, qui constate que le taux de mémorisation moyen n’est que de 5% dans le cas des apprentissages formels alors qu’il atteint les 50% dans les groupes de discussion, 75% dans le cadre de la pratique, et 90%, quand la personne enseignée enseigne à son tour ou bien quand la connaissance est immédiatement utilisée.

Alan Thomas a mis sa propre scolarité à l’épreuve en constatant que les enfants passent beaucoup de temps à l’école pour y apprendre en définitive bien peu de choses.

Il en est donc venu à s’interroger sur la façon dont les enfants apprennent et a mené une étude auprès d’une centaine de familles dans le cadre de l’instruction à la maison en Australie et au Royaume-Uni.
Il en ressort que la manière informelle d’apprendre des tout-petits est tout à fait « efficace » et qu’elle devrait se poursuivre tout au long de la vie.

L’exemple qu’utilise Alan Thomas pour illustrer son propos est celui de l’apprentissage de la langue maternelle et donc de la grammaire qui est sans conteste un exercice complexe et qui s’effectue pourtant sans enseignement.

L’après-midi s’est achevé par le témoignage d’adolescents et de parents.

Le dimanche matin, des groupes de discussion se sont organisés autour de trois thèmes : les différents styles d’apprentissages (Alan Thomas, les apprentissages informels et formels), la situation des différents pays européens en matière d’instruction en famille et des exemples d’organisation collective de l’instruction sans école.

Dans le cadre de cet atelier, Leslie Barson, présidente de « Learning Unlimited », a présenté le club qu'elle a fondé à Londres et qui permet aux familles de se retrouver.
Extraits de son intervention orale restituée telle quelle :

« Le club c'est une façon de sociabiliser, en regroupant les familles non-sco (…)

Beaucoup ont dit que cela ressemblait à l'école, mais c'était différent car les enfants n'étaient pas obligés de venir, pas obligés de participer. Mais ils venaient car ils aimaient ça, il n'y avait pas de problème de discipline (…) Nous organisons des jours précis autour de thèmes : comme le jour de la pomme où nous faisons plein de jeux autour des pommes. C'est pédagogique, on apprend les diverses variétés de pomme (…)
Le groupe n'a pas de lignes de conduite, pas de règles strictes parce qu'on a tous bien l'idée de comment se comporter ensemble. Mais il y a pas mal de frictions (…)
La grande valeur c'est de trouver un consensus (la vraie démocratie) (…)
La deuxième valeur, c'est la responsabilité individuelle (…)
L'idée de la responsabilité est très difficile à faire passer. L'important c'est que chacun s'assume, se prend en charge en respectant l'autre (…)
Malgré tout ceci, cette volonté de fonctionner de manière informelle, il faut toujours un «dictateur bienveillant » (qui donne l'impulsion et l'entretient). »

L’après-midi a été consacré aux associations européennes qui défendent la liberté d’enseignement et notamment par : EFFE animée par Robert Bell, vice-président du Forum Européen pour la Liberté dans Education et « Learning Unlimited » représentée par sa présidente Leslie Safran Barson, mère de deux enfants aujourd’hui adultes et qui ne sont jamais allés à l’école.
L’accès à l’instruction en famille est une réalité tout à fait inégale en Europe et justifie sans aucun doute une action solidaire de toutes les associations concernées par ce mode d’instruction ou par la liberté d’enseignement tout court.


Valérie Vincent



Références :

- Alan Thomas a participé à la rédaction de l’ouvrage : « Apprentissage auto-géré et instruction à la maison : une perspective européenne » sous la direction de Leslie Safran Barson.
Auteur de « Educating Children at Home » (« Instruire ses enfants à domicile »), co-auteur d’un guide sur l’instruction à domicile avec Jane Howe et travaille actuellement sur un ouvrage intitulé « How children learn at home ? » (« Comment les enfants apprennent-ils à la maison ? »).
 
- Leslie Safran Barson rédige une thèse de doctorat sur l’instruction en famille.
 
- Elisabeth Walter, étudiante en Master 2 Recherche en sciences de l’éducation à l’Université de Lille 3, a choisi pour thème de ses études les familles qui instruisent leurs enfants à la maison.

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