LAIA - Mémoire sur l'instruction en famille - Extrait - Les apprentissages Libres d'Apprendre et d'Instruire Autrement
"Qui a eu cette idée folle un jour d'inventer l'école ?
L'instruction en famille en France"


Master 1 Sciences de l'Education, Université Lille 3, juin 2005
Elisabeth Walter


Les apprentissages

Les apprentissages au sein de la famille posent plusieurs questions : l’une d’elles est quelle est la différence entre éduquer et instruire ? A la question classique « n’est-ce pas trop difficile d’être la maîtresse ou le maître de son enfant ? », les parents non-scolarisants ne savent souvent pas répondre (...)
« L’éducation, si on la prend dans toute son étendue, ne se borne pas seulement à l’instruction positive, à l’enseignement des vérités de fait et de calcul, mais elle embrasse toutes les opinions politiques, morales ou religieuses » écrit Condorcet dans Cinq mémoires sur l’instruction publique (Condorcet, Paris, Flammarion, 1994, page 85). Pour lui l’éducation est un genre dont l’instruction n’est qu’une espèce : éduquer concerne toutes les dimensions de la personne, tant intellectuelles qu’affectives ; instruire ne concerne que la construction des savoirs établis.
Montaigne, lui, fait de l’éducation une affaire strictement privée qui concerne l’enfant dans sa dimension personnelle et singulière, bien plus que le membre du corps social.
Dans les familles homeschooleuses également, l’instruction fait partie intégrante de l’éducation. Il n’y a pas de frontières claires entre les deux. La plupart des familles qui n’ont jamais scolarisé leurs enfants « continuent ce que les autres parents cessent de faire aux 3 ans de l’enfant : je ne vois pas pourquoi ça pose tellement de problèmes… Avant 3 ans, tout le monde trouve ça formidable, voire souhaitable et puis soudain, fini… » me dit une mère. On voit bien que le « problème » dont parle cette femme est celui du poids de la norme sociale : en France, presque tous les enfants de 3 ans vont à l’école et ceux qui n’y vont pas doivent avoir une bonne raison (enfant qui met encore des couches par exemple).


Formel, informel, semi-formel
Rappelons que, selon la loi, les familles non-scolarisantes ne sont pas soumises aux programmes de l’Education Nationale et ont une totale liberté pédagogique.
De fait, ce que nous avons vu des méthodes employées est souvent très différent de ce qu’on observe à l’école.
V. utilise la pédagogie Montessori, elle a suivi une formation privée pour cela. B. est adepte du unschooling et n’a donc pas de pédagogie particulière. Les autres familles piochent à droite, à gauche ce qui leur plait et convient aux enfants.
La rigueur liée à la pédagogie Montessori correspond bien à l’organisation de V.: l’enfant est autonome mais encadré.
Pour ses filles aînées, V. garde cette organisation rigoureuse et mélange apprentissages classiques (conjugaison, géométrie, exercices de français, arts plastiques, fiches) et plus originaux (anglais avec la méthode FIAR, kinésiologie, Lap-book…).
Chaque enfant a sa fiche pour la journée et doit cocher une case quand une activité est terminée.
Cette organisation est très réfléchie ; la conception du programme de V. se résume en 3 étapes : Montessori pour présenter une nouvelle notion en allant du concret à l’abstrait, les cahiers traditionnels pour maîtriser l’écrit et enfin, les « thématiques » pour approfondir et relier les notions entre elles.

Pour ses 2 enfants, V. a choisi d’équilibrer les activités très scolaires et les moins scolaires sur une période de 4 semaines. Les deux premières semaines comportent toutes les leçons « scolaires » avec beaucoup d’exercices de français et de maths. Un peu de sciences ou d’activités sur un thème qui est la dominante du mois (exemples : botanique, Rome, corps humains…). Pendant ces deux premières semaines, les enfants ont des « feuilles de route » avec la liste des leçons et des exercices à faire, à raison d’une feuille par jour de travail, découpée par tranches de 15 minutes. Ensuite, la troisième semaine est consacrée en grande partie à l’expression écrite et orale. Là, les plages horaires sont plus longues et varient de 30 à 60 minutes. V. utilise le thème conducteur du mois pour choisir les textes ou demander des écrits. Cette semaine-là, l’accent est davantage mis sur les matières comme les sciences, l’histoire, la géographie…). Enfin, la quatrième semaine est plus ludique et créative : expériences en sciences, lectures, visionnages de DVD, visites sur le thème du mois et un gros bricolage sur le sujet (comme une maquette par exemple).
Pour V., un des intérêts de l’instruction en famille c’est la liberté pédagogique qu’elle laisse : « Suivre leur centre d’intérêt, suivre leur… Inventer une pédagogie, enfin suivre ce qui les intéresse au moment où ça les intéresse… La liberté aussi pédagogique c’est-à-dire choisir la façon de faire qui convient le mieux si c’est un intuitif, un visuel etc… Un choix pédagogique plus adapté. Voilà, ça c’est parmi les avantages. »


Chez L. aussi, on mélange méthodes « classiques » (cahier de graphisme, de calcul) et méthodes « innovantes » (les réglettes Cuisenaire par exemple).

Pour le calcul, B. s’est adapté à ses enfants et a choisi le matériel qui leur convient le mieux : les réglettes Cuisenaire pour A. et la méthode Picbille plus un boulier pour L. Ils ont également beaucoup de jeux de société, de logique, de coopération etc…
Les enfants ont beaucoup de matériel à disposition : énormément de livres, des lettres mobiles, des réglettes Cuisenaire, des Attrimaths, des dictées muettes, des cartes de géographie, une balance mathématique, des lettres rugueuses… Tout le matériel est en libre-service mais il doit être respecté et rangé après usage. Un peu partout dans la maison il y a divers affichages comme les tables d’additions, des tables de classification des animaux (parfois ce sont des affiches que les enfants ont fabriqué eux-mêmes) etc… Les enfants sont libres ou non d’utiliser les supports mis à leurs disposition, de poser des questions aux parents mais jamais ceux-ci ne proposent de travail ou ne provoquent les questions. En revanche, ils leurs lisent beaucoup de livres.
Enfin, les enfants apprennent par eux-mêmes, ainsi W. a appris à compter jusqu’à 20 en collant des tatouages de Malabar. A. et L. ont fabriqué seuls un treuil pour monter leurs jouets au 1er étage.


Les 2 aînés de L. ont choisi de préparer le Brevet des Collèges en sollicitant leur mère le moins possible : pour cela, ils ont pris une inscription aux cours par correspondance proposés par l’enseignement à distance belge. Ils suivent ainsi des cours en physique, chimie, biologie, mathématiques et espagnol. Ces cours ont l’avantage d’être gratuits et peu contraignants (pas de devoirs à renvoyer en permanence par exemple, rythme d’envoi des cours assez souple) tout en étant très structurés et ludiques. La famille ne sait pas encore si elle continuera ces cours après le Brevet.
Pour le français, L. fait confiance à ses 2 grands : « ils lisent énormément. A. a vraiment un bon niveau en français donc je ne m’inquiète pas plus que ça. J. qui est dyslexique, c’est une autre histoire, mais il a fait de gros progrès notamment en orthographe et en rédaction. En fait, il est très poétique et utilise toujours un vocabulaire imagé qui n’est pas toujours en adéquation avec l’exercice demandé ! Mais bon, il veut être dessinateur alors il s’éclatera dans ses bulles ! ».
A. et J. travaillent également à partir des annales de français. L. aime beaucoup la grammaire, c’est donc un enseignement essentiel à ses yeux : tous ses enfants ont donc un excellent niveau dans ce domaine.

Concernant l’anglais : tout au long du mois, les enfants de V. font de l’anglais, en mariant une approche structurée et une approche plus littéraire. Et ceux de L. regardent régulièrement « Buffy » et « Ally Mc Beal » en anglais sous-titré anglais. Elle y ajoute également un enseignement plus formel avec « Reading a-z ».
La plupart des familles non-scolarisantes pratique un enseignement précoce des langues.