LAIA - Mémoire sur l'instruction en famille - Extrait - Prégnance et résistance Libres d'Apprendre et d'Instruire Autrement
"Qui a eu cette idée folle un jour d'inventer l'école ?
L'instruction en famille en France"


Master 1 Sciences de l'Education, Université Lille 3, juin 2005
Elisabeth Walter


Forme scolaire : prégnance et résistance

Les parents non scolarisants sont contrôlés une fois par an par un inspecteur de l’Education Nationale. Selon Nicole Terrillon, « il y a (…) abus de pouvoir, dans la mesure où les inspecteurs s’appuient sur les programmes de l’école publique et non sur le décret fixant le contenu requis par l’Etat des connaissances à acquérir par les enfants instruits à domicile. Par ailleurs, ils ont des exigences de niveau auxquels ces enfants doivent répondre, contraignant en cela les familles à une obligation de résultat » (Nicole Terrillon, L’instruction dans la famille comme alternative à l’école,   mémoire de DHEPS, Université de Lyon II, 2002).
Selon elle, il existe une norme sociale qui participe de la vie et du fonctionnement bureaucratiques de l’institution scolaire. Cette norme serait constituée de la forme scolaire et des valeurs socio-économiques de la société.

Il est intéressant de noter la prégnance de l’école même au sein des familles homeschooleuses. Un tel veut passer le Brevet pour montrer qu’il sait des choses, qu’il n’est pas un feignant… Le jugement de l’institution (un examen est sanctionné par l’échec ou la réussite, c’est en ce sens que nous parlons de jugement) lui semble nécessaire pour se positionner, il a besoin de montrer (prouver ?) aux autres ce qu’il sait, ce dont il est capable.
Dans le Monde de l’éducation de janvier 2005, un article sur l’école à la maison présente une mère  en disant que pour elle il s’agit d’un « refus d’entrer dans la course à la compétition-sélection censée conduire à la réussite » (le Monde l'Education, janvier 2005, page 65, je m'auto cite puisque la mère en question, c'est moi) : voeu pieux mais est-il réalisable ? peut-on échapper à cette compétition-sélection ?
(...)
La classe reste la référence absolue pour situer un enfant  et avec cette référence, le niveau qui y est associé.
En tant que parent non scolarisant, je suis souvent confrontée à la question « en quelle classe serait-elle ». En fait, je n’en sais rien, si je prends l’exemple de ma propre fille de 5 ans et demi, je dirais que son niveau varie entre la moyenne section de maternelle et le CE1 (elle connaît la commutativité de l’addition et de la multiplication mais n’arrive pas encore à écrire sur une ligne). Elle n’est pas un cas rare : la plupart de ses camarades non scolarisés en sont au même point… Et la plupart de ses camarades scolarisés aussi, mais le cadre de l’Education Nationale ne permet guère l’hétérogénéité de niveau ou de progression.
Lors des contrôles, l’enfant est presque toujours contrôlé à son niveau supposé et non réel. Dans les rapports de contrôle de T., A. et H., on voit bien que le niveau attribué aux enfants (et noté par « classe ») correspond à leur âge.  On peut aussi noter que l’inspecteur se félicite du fait que les enfants sont inscrits à des cours par correspondance assurant ainsi « la continuité et la stabilité des apprentissages », il écrit, à propos d’un des enfants « T. bénéficie des cours par correspondance EAD dont il suit scrupuleusement la progression ». 
On peut donc s’interroger : les parents non scolarisants ne sont-ils pas capable d’assurer cette continuité et cette stabilité ? Suivre « scrupuleusement une progression » serait donc ce qui est attendu des élèves ?
Ainsi, pour préparer les contrôles de son fils, la mère de Q.  établit une liste très détaillée des activités de son fils pour une période donnée : elle fait cela pour informer l’inspecteur du niveau réel de l’enfant. Malgré cela, on voit que son contrôle reste très scolaire et qu’il porte sur des connaissances et non uniquement sur la vérification qu’une instruction est bien donnée.
Comment accorder aux parents la liberté d’instruction, pourtant garantie par la loi, si les inspecteurs ne respectent pas vraiment cette liberté et ne se défont pas de la « forme scolaire » ? À leur décharge, reconnaissons qu’ils ne reçoivent aucune information sur le sujet et arrivent souvent dans un monde inconnu lorsqu’ils contrôlent un enfant non scolarisé.

Peut-on faire confiance aux parents pour instruire leurs enfants sans les léser d’un savoir indispensable ? Certes, les études américaines sont encourageantes; il y a aux Etats-Unis des millions d’enfants non scolarisés depuis plusieurs dizaines d’années.
En France, aucune étude n'a été faite sur l'impact réel de l'instruction en famille sur les enfants non scolarisés.