| Dépression
du jeune enfant |
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Il y a dix ans, G. faisait sa rentrée,
à trois ans et demi à l’école maternelle.
Il faut signaler qu’il avait été l’année précédente dans un jardin d’éveil : une quinzaine d’enfants, deux animatrices chaleureuses et compétentes, une arrivée étalée des enfants le matin entre 7h1/2 et 9h1/2... Il s’était très bien adapté à cette collectivité. Après deux jours assez enthousiastes à l’école, G. a changé d’avis. Un matin, impossible de le laisser, il pleurait et voulait rentrer à la maison, nous avons rebroussé chemin. G. maîtrisait mal le langage et
il m’était difficile de savoir ce qui pouvait bien se passer à
l’école, mais les symptômes sont devenus de plus en plus criants.
Il pleurait tout d’abord en arrivant à l’école, puis sur le chemin de l’école et de plus en plus tôt le matin. Dès qu’il se réveillait, il posait la question fatidique et commençait à pleurer, refusait de déjeuner. Puis ce fûrent les pleurs au coucher et les cauchemars, le refus de manger le soir. Il n’avait pas les mots, mais tout dans son comportement montrait son mal-être. Infirmière-puéricultrice de formation, je n’ai eu aucun mal à reconnaître là les symptômes d’une dépression du jeune enfant. Inutile de vous dire que, malgré
la tentative de discussion, je n’ai trouvé aucun soutien auprès
de l’institutrice-directrice à quelques années de la retraite
et utilisant des méthodes assez ancestrales. Notre vision de l’éducation
était trop éloignée de ce qu’elle proposait dans
sa classe et G. a cessé, au bout de 15 jours, d’aller à
l’école.
Impossible à l’époque de
trouver un soutien quelconque, un changement de classe n’était
pas accepté par la mairie, l’école Montessori d’un village
voisin était hors de prix pour notre budget. Et lorsque nous avons
parlé de ne pas le mettre à l’école cette année
là, ce fût une levée de bouclier totale de la part
de tous. Je savais que la maternelle n’était pas obligatoire (j’ignorais
que c’était uniquement l’instruction entre 6 et 16 ans qui l’était),
ne souhaitant pas qu’il commence une bonne quinzaine d’année d’école
dans de mauvaise condition, nous n’avons vu que la possibilité de
le déscolariser pour cette année scolaire. Il nous a fallu
bien du courage pour prendre cette décision alors que tout le monde
nous le déconseillait.
En discutant avec des parents ayant vécu les mêmes évènements, je constate qu’il faut invariablement compter de 4 à 6 mois pour que l’enfant reconstruise sa confiance dans l’adulte et dans la vie et son sentiment de sécurité. Finalement, d’années en années nous avons reconduit cette décision, non plus pour un problème d’adaptation à l’école mais par choix de vie. Etonnamment, d’une situation difficile et douloureuse au début nous avons fait un vrai chemin de vie qui nous apporte beaucoup de bonheur au quotidien. |